Ma réaction à l’article du Monde: « départ des jeunes à l’étranger: les entreprises s’alarment »

Pour de nombreux jeunes Français, la mobilité en Europe est une chance
Ma réaction à l’article du Monde: « départ des jeunes à l’étranger: les entreprises s’alarment »
11 mars 2014 | Filed under: Ca m’indigne!, Français-e en Belgique, Scolarité | Edit
Le Monde titrait récemment « Départ des jeunes à l’étranger: les entreprises s’alarment » . L’article se référait à un rapport de la Chambre de commerce et d’industrie Paris – Ile-de-France (CCIP) dans lequel la CCIP s’inquiétait de la mobilité internationale des jeunes Français: « des cadres dirigeants de grands groupes, des grandes fortunes, ou d’entrepreneurs, des observateurs français s’inquiètent de ce qui pourrait s’apparenter à une hémorragie ». Je lis dans l’article du Monde « Chômage et morosité poussent ces jeunes au départ »… À l’Assemblée nationale, des députés UMP ont même créé une commission d’enquête sur la « fuite des talents ». C’est une vision tellement décevante de la mobilité internationale !
Pour nous, jeunes Français qui travaillons à l’étranger, cette victimisation est déconnectée de notre réalité. L’expérience à l’étranger est un atout pour notre richesse culturelle comme pour notre carrière. La France favorise même cette mobilité avec des outils tels que le système des Volontaires Internationaux en Entreprise (VIE), le programme Erasmus, les cursus internationaux, la coopération universitaire internationale, etc. D’ailleurs, je m’étonne des propos de P-A Gailly, président de la CCIP: « Pour le pays, oui, cela m’inquiète ». Et de trouver ces « signaux faibles » « préoccupants », etc.
Je suis moi-même diplômée du « Master of European Business » de l’ESCP Europe – une école de commerce que la CCIP connait bien puisque c’estun master international qu’elle a elle-même contribué à développer ! Pourquoi déplorer aujourd’hui un entreprenariat français à l’étranger, alors même que l’on a contribué à le créer, et qu’il participe du rayonnement économique de la France à l’étranger ?
Bien sûr, lorsqu’on ne trouve pas d’emploi où l’on se trouve, on a tendance à chercher un emploi ailleurs, mais cela est valable tant à l’intérieur de la France que dans le monde. Bien sûr, les jeunes, qui ont moins d’attaches, partent plus facilement. Bien sûr encore, le fait que lanouvelle génération dont je fais partieparle des langues étrangères et que beaucoup d’entre nousaient eu l’opportunité grâce auprogrammeeuropéend’échange universitaire Erasmus d’étudier à l’étranger, fait que l’espace géographique dans lequel nous cherchons un emploi s’est élargi : de l’espace français, il est devenu l’espace européen, voire international. « Dire que la mobilité professionnelle est une fuite est une vision étriquée qui ne correspond pas à la réalité. La France ne vit pas en Autarcie », rappelle en effet, dans l’article, Hélène Conway-Mouret, alors ministre déléguée en charge des Français de l’étranger.
L’article évoque à peine les deux problèmes qui, pour être sur le terrain au jour le jour, ici, en Belgique, un pays où la population française est jeune et croit très vite, me paraissent plus importants que de polémiquer sur une mobilité qui serait une « menace pour la France » (dixit le député UMP Luc Chatel au journal Le Monde).
Tout d’abord, le départ massif d’étudiants et de chercheurs doit nous interpeler sur le système universitaire français. En Belgique, les Français viennent avant tout étudier. Ils recherchent parfois des établissements d’excellence, comme le Collège de Bruges. Ils viennent parfois dans des écoles proches de chez eux, à la frontière. Mais la plupart viennent en Belgique car il n’y pas assez de places dans les écoles et universités françaises. Ce sont les numerus clausus des universités de médecine qu’il faut revoir, ainsi que l’accès trop limité aux filières vétérinaires, mais également aux formations des kinésithérapeutes, sages-femmes, infirmières, orthophonistes, etc. C’est sur l’organisation de ces études en France qu’il faut donc mener une réflexion en premier lieu.
La question du retour, évoquée rapidement dans l’article, est essentielle. Prenons l’exemple des Volontaires Internationaux en Entreprise (VIE) – un système venu remplacer l’ancien service civil, et qui permet à des jeunes de partir pour 6 mois à 2 ans travailler à l’étranger. Le bilan de ce dispositif est certes globalement positif pour l’entreprise française qui accueille comme pour le jeune accueilli mais quand ce dernier revient en France, il se trouve sans ressource: ni chômage, auquel il n’a pas cotisé en tant que VIE, ni RSA, car « il a trop gagné ces derniers mois ». Autre exemple: les Français qui perdent leur emploi. Nous avons construit l’Europe de la mobilité des travailleurs. Si je m’installe en Belgique pour y travailler sous contrat belge, je cotise en Belgique, ma sécurité sociale est belge, mes enfants peuvent fréquenter les écoles belges, etc. Mais qu’en est-il si je rentre en France chercher un emploi ? La réalité est simple : les droits ne passent pas la frontière. C’est sur cette question de la mobilité sociale en Europe qu’il faut mener une réflexion d’ampleur. Ilne faut pas voir la mobilité comme une menace mais comme une opportunité. Il faut également créer un filet de sécurité sociale européen pour les travailleurs qui vivent la mobilité. L’Europe sociale, somme toute.
La réaction du sénateur Richard Yung: http://www.richardyung.fr/blog-senateur-yung-francais-hors-de-france/3411-succes-du-forum-de-lexpatriation-ou-l-france-ta-jeunesse-ne-fout-pas-le-camp-r.html

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