L’accueil des Français handicapés en Belgique : démystification

Je me suis rendue récemment au Château de Callenelle, un centre d’accueil pour personnes handicapées présentant une déficience mentale. J’y participais, avec les gestionnaires d’autres centres similaires, à une réunion de travail sur l’accueil des Français handicapés dans les établissements belges et sur la coopération franco-belge en la matière.

Nous avons également visité un de ces établissements d’accueil. J‘ai une expérience personnelle de cette problématique du handicap car, dans mon enfance, je rendais fréquemment visite à un proche à l’hôpital psychiatrique de Saint-Anne à Paris. Dans l’établissement que je visitais ce jour-là en Belgique, j’ai rencontré des adultes ayant un niveau de handicap tout à fait similaire à ce que j’ai pu rencontrer lorsque j’étais plus jeune. Le personnel, des infirmières aux assistantes sociales, traitent les patients avec le plus grand respect, et ceux-ci leur témoignent une grande sympathie. Ceux qui le peuvent circulent librement, dans les différents bâtiments, comme dans le grand parc. D’autres sont en centre fermé mais nulle part livrés à eux-mêmes.

Le phénomène a été récemment médiatisé et des contre-vérités circulent parfois.

5000 à 6000 Français handicapés résideraient dans des établissements belges. Ce chiffre ne cesse d’augmenter et de nouvelles structures ouvrent tous les jours. Pourquoi un tel phénomène ? Parce que les familles françaises, après avoir tenté en vain de trouver un centre d’accueil en France, se tournent vers la Belgique, où la création de places et de structures est beaucoup plus aisée. Et nous devons aussi remercier ces établissements qui rendent service à la France en accueillant leurs enfants et adultes handicapés. Dans cet article, je souhaite adresser quelques unes des contre-vérités dépeintes récemment dans les médias.

1. Tous les établissements belges ne sont pas des « usines à Français ».

Ce qui est préoccupant, c’est la prolifération des structures commerciales, parfois liées à des capitaux français, dans un secteur qui était caractérisé par une culture du non-marchand. Dans ces structures commerciales, à but lucratif, les places sont subventionnées au même titre que dans les établissements à but non lucratif, bien que ces subventions alimentent les rémunérations des administrateurs. Ce phénomène de marchandisation du secteur l’éloigne de l’orientation humaniste propre aux ASBL et amène à une véritable réflexion sur l’éthique du secteur. Or c’est également cela que les Français viennent chercher en Belgique: un regard humain, différent sur le handicap, un travail approfondi avec les familles.

2. La véritable différence entre les établissements belges et français n’est pas une différence de qualité mais une différence culturelle dans l’accueil des handicapés.

Les établissements belges sont bien sûr de qualités diverses mais les cas évoqués récemment dans Libération ne peuvent pas être généralisés. Nous devons aussi reconnaitre le travail formidable de beaucoup de centres qui accueillent les Français handicapés en Belgique. La clef demeure la mise en place d’inspections communes, et c’est précisément un des objectifs de l’accord cadre franco-belge. L’accord vise en effet à augmenter la qualité et la quantité des inspections. Selon les professionnels du secteur, une première inspection conjointe aurait déjà eu lieu et aurait mis en exergue de véritables différences culturelles entre la France et la Belgique dans l’accueil des personnes handicapés – des différences qu’il faudra surmonter lors de la mise en place des inspections.

En effet, au-delà d’un jugement de qualité, c’est une approche culturelle fondamentalement différente que l’on retrouve des deux côtés de la frontière. Par exemple, en France, la structure résidentielle est plus hiérarchisée et plus formalisée et le rôle de l’éducateur est différent.

3. Les Français ne prennent pas de places au Belges.

Les places sont créées quand elles sont financées. La France finance les places des Français, la Belgique ceux des Belges.

Cécilia Gondard

Crédits photo première page : Château de Callenelle

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