#InventonsEnsembleLaGaucheDeDemain

Retrouvez notre tribune avec Vincent Tison, Fatima Yadani, Lounes Adjroud, Tony Ben Lahoucine, Arnaud Hadrys, Bertrand Masson, Leonard Pochon.

La gauche socialiste est devant le mur. Celui de l’hésitation, de sa dispersion, voire même de sa dissolution. Le PS est durement affaibli par le printemps électoral. Ces résultats devront être analysés.

Tout devra être questionné : la ligne politique et la stratégie du quinquennat, les comportements et reniement de certains, les difficultés de la campagne présidentielle. Parce que nous ne voulons pas croire aux deux gauches irréconciliables, nous nous devons de retrouver l’unité de notre famille politique. Pour ce faire, un travail de refondation en profondeur doit se mettre en route et celui ne peut s’affranchir de la première étape essentielle qui est l’exercice du droit d’inventaire, car on ne peut construire sur un champ de ruines si nous ne parvenons pas à définir les raisons objectives qui nous ont conduits à ces désastres pour éviter qu’ils ne se reproduisent.

Sans exercice du droit d’inventaire, aucune crédibilité ne sera au rendez-vous. Cette séquence électorale fait suite aux multiples défaites de ces dernières années : municipales, départementales, régionales, européennes, présidentielle et législatives. C’est un véritable lien qui s’est brisé avec nos électeurs. Il faut en avoir conscience et analyser nos erreurs, en tirer les leçons dans notre projet et notre stratégie politique ainsi que dans le fonctionnement désuet du Parti socialiste.

Seul l’exercice de ce droit d’inventaire – construit dans l’écoute et le respect, éclairé par des regards extérieurs (citoyens, acteurs sociaux, responsables associatifs, syndicalistes, intellectuels), partagé par le plus grand nombre – donnera de la force à notre devoir d’invention.

Nous devons inventer la prochaine Gauche, celle qui retrouve ses valeurs, renouvelle son orientation et sa stratégie, définit de nouvelles formes d’action et d’organisation.
Elle passera par un profond renouvellement tant sur la forme que sur le fond. Aujourd’hui le PS n’a plus ni projet, ni stratégie et la boussole de ses valeurs s’est éclatée dans les errements du quinquennat et la bataille des égos.

En tant que tel le Parti Socialiste va devoir se restructurer et fixer dans l’année qui vient son CAP stratégique et idéologique. Cela doit passer par l’alliance des Gauches politiques, syndicales, associatives, celles qui veulent penser et contribuer à une société plus juste, plus unie. Le but sera de véritablement transformer la vie de nos concitoyens et d’engager pour le faire une mutation profonde de nos organisations. Il faudra prendre à bras le corps les enjeux de l’écologie, des mutations du monde du travail, de l’impact puissant du numérique dans notre économie et notre société.

Bref, ce nouvel horizon doit engager un projet où l’écologie a une place centrale et où notre vision du travail est mise à jour. Il est temps de répondre aussi bien à l’urgence par des actions présentes que de répondre à l’avenir par un véritable idéal de société porté par une boussole des valeurs. C’est ce qui est attendu par les citoyens de gauche.

Pour définir ce nouvel idéal de la Gauche, les socialistes doivent relever 4 défis :

– Mettre la participation des citoyens et des militants au cœur de la Refondation. Refonder doit passer par l’écoute, la lecture, le dialogue avec les nombreux citoyens de Gauche. Elle devra prendre des formes nouvelles et participatives. Pourquoi pas une plate-forme numérique type mi.PSOE ouverte par le PSOE, avec contributions libres, questionnaires soumis aux citoyens, partage de réflexions et d’actions ? Le tout confié à une organisation extérieure : un Conseil citoyen de la Gauche qui animé par une dizaine de personnes tirées au sort, fera rapport des apports et critiques inscrites sur la plateforme. Il s’agira de rompre avec la verticalité incarnée par Messieurs Macron et Mélenchon et d’acter une nouvelle relation du PS avec les citoyens.

– Retrouver le chemin des idées : Depuis 2012, le PS s’est écarté du chemin des idées, pris dans l’action gouvernementale et les batailles parlementaires. Un grand remue-méninge est nécessaire avec l’appui de nombreux intellectuels qui n’ont pas quitté leurs engagements à gauche et leur sympathie pour la famille socialiste. Réinstaller un espace de travail national type Forum des idées est essentiel pour permettre l’irrigation de la pensée socialiste en idées nouvelles ou analyses décalées comme l’avait été le « laboratoire des idées » installé en 2008 au sein de notre parti puis disparu au congrès suivant. Dans chaque département, il faudra décliner et ouvrir ces Forums des idées à des entités locales ouvertes aux universitaires, aux représentants des salariés, des associations qui le souhaitent pour bâtir à la gauche de demain. Pour les Français de l’Étranger, le forum des idées s’ouvrira à des forces progressistes et internationalistes d’Europe et du reste du monde.

– Renouveler le socialisme municipal, départemental et régional : les élus socialistes maillent encore le territoire national. C’est une opportunité pour animer dans les villes, quartiers et villages, avec tous les élus de gauche, les futures mobilisations notamment pour l’école, les services publics, les nouveaux modes de vie issus de la transition écologique. La Gauche dispersée au niveau national agit souvent de concert au niveau local, alliant socialistes, écologistes, radicaux, citoyens et humanistes. C’est cette hospitalité des uns envers les autres et ce travail en commun que nous devons remettre en avant. C’est en s’appuyant aussi sur la participation des citoyens que nous pourrons partager et défendre nos valeurs et l’action publique dans les territoires. Ensemble aussi, ainsi qu’avec les forces de gauche en Europe et dans le monde, nous devrons préparer l’avenir et notamment de façon citoyenne, les projets de gauche des futures échéances européennes dès 2019, municipales en 2020 et les départementales et régionales en 2021.

– Irriguer les débats et les combats du groupe parlementaire : Les députés socialistes ont choisi d’être constructifs car on ne s’oppose jamais à tout et vigilants car les menaces concernant dans le droit du travail, l’éducation, l’écologie qui se profilent sont clairement identifiées. Ces débats et combats parlementaires prendront une forme nouvelle en associant les citoyens, en amont et à chaque étape de l’élaboration de la Loi. Le PS irriguera leurs réflexions et s’engagera à leurs côtés, comme auprès des eurodéputés.

Dans cette nouvelle configuration, les militants socialistes ont une place centrale et nouvelle. Très présent sur les réseaux sociaux, ils seront les vecteurs et animateurs de tous ces débats. À chaque échelle, ils engageront des temps de dialogue avec les autres sympathisants de gauche et avec les forces sociales disponibles pour refonder le socialisme.

Dès l’automne, nous devrons lancer à partir des territoires, des Assises citoyennes « Etat des lieux de la Gauche » adossées en toute transparence sur les travaux du Conseil Citoyen. Cela passera par beaucoup d’écoute et de dialogue, de travail en commun et de définition de nouvelles perspectives à Gauche.

Ensuite, des Conventions de la Gauche, associant les citoyens de Gauche avec les intellectuels, acteurs sociaux et associatifs, devront aborder – avec le concours de la plateforme participative et du Conseil Citoyen – les nouvelles réponses de la future Gauche sur la démocratie, l’égalité, la solidarité, la fraternité, le monde du travail, l’Europe…

Nous ne devons plus poursuivre les procédures anciennes des congrès : contributions, motion, ronron, dont les orientations ne sont plus respectées. Nous ne pouvons plus, sous prétexte d’obtenir une majorité tactique, continuer à rechercher le consensus mou qui n’a comme seul objectif de continuer la vielle politique. Ouverte aux citoyens, cette nouvelle méthode permettra des choix multiples, des amendements possibles, fera œuvre utile de l’intelligence collective de nombreux acteurs de la gauche, bref redonnera au PS la fonction démocratique qui doit être la sienne.

Les chantiers sont vastes, le chemin ne sera pas pavé de rose, mais nous devons faire face. Faire face aux risques d’élimination et de dispersion. Faire face aux risques d’hégémonie du nouveau pouvoir et d’autoritarisme porté par les nouveaux pouvoirs.

Pour incarner cette refondation, nous devrons redonner un nouveau visage à notre parti. L’enseignement tiré des dernières échéances et notamment des dernières élections présidentielles et législatives, c’est la profonde envie de la société française de renouveau, de personnalités politiques qui lui ressemblent, des personnes de la société civile. L’image que nous renvoie nos concitoyens est celle d’un vieux parti qui fonctionne dans l’entre soi des cumulards et des barons. Si notre pays a permis l’élection du plus jeune président de la République, alors nous Parti socialiste, nous devons changer de logiciel et ouvrir les portes et les fenêtres sans craindre les idées nouvelles. Alors ne gâchons pas cette opportunité et osons construire dès demain cet avenir qui nous permettra de reconquérir les têtes, les cœurs et les territoires.

Pour réussir cette nouvelle étape, nous devons être fidèles : fidèles à nous-mêmes, aux valeurs d’égalité, de liberté, de justice sociale et de démocratie. Fidèles aux combats que la Gauche a toujours portés. Être fidèle enfin au nouvel horizon de notre action : une Europe humaine et solidaire dans un internationalisme refondé, une transition écologique, numérique et sociétale qui ne doit pas être source d’exclusion.

Il s’agit de remettre le Parti Socialiste non plus au service de lui-même mais au service de la France et des générations qui viennent, bref de préparer la Gauche de demain.

Vincent TISON, Conseiller municipal Joué-Lès-Tours, Conseil national du PS,
Fatima YADANI, Conseillère municipale du 13è arrondissement – Paris, Bureau national du PS
Lounes ADJROUD, Commission nationale des conflits du PS,
Tony BEN LAHOUCINE, 1er Secrétaire fédéral de l’Indre,
Cécilia GONDARD, Vice-Présidente du Groupe Français Du Monde – Ecologie Solidarité à l’Assemblée des Français de l’Etranger,
Arnaud HADRYS, Conseiller départemental suppléant ROUEN 3, Bureau National HES France
Bertrand MASSON, 1er Secrétaire fédéral Meurthe-et-Moselle Conseiller régional Grand Est
Léonard POCHON, Animateur Fédéral du MJS Seine-Maritime.

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